9 août 2008
M. Jean Charest
Premier ministre
Édifice Honoré-Mercier,
3e étage
835, boulevard René-Lévesque Est
Québec (Québec)
G1A 1B4
Monsieur le Premier ministre,
Il est grandement temps que le Québec sorte du nucléaire. Les Québécoises et Québécois se trouvent devant un choix de société à faire : doit-on soutenir le nucléaire ou sortir le Québec de l’ère nucléaire et mettre en valeur les énergies vertes ?
À moins de dépenser 1 milliard 500 millions de dollars en réparations, le seul réacteur nucléaire en fonctionnement au Québec, Gentilly-2, sera mis au rancart en 2010. Hydro-Québec demandera l’accord de votre gouvernement plus tard cette année pour reconstruire Gentilly-2.
Nous, soussignés, exigeons que Gentilly-2 soit fermée. Et cela pour quatre raisons : l’incohérence de la politique québécoise sur les déchets radioactifs, la remise en question du bien-fondé financier de la reconstruction de Gentilly-2, le choix des améliorations à la conception de la centrale requises dans l’éventualité d’une décision de procéder à la réfection du réacteur et, finalement, une comparaison des risques de l’énergie nucléaire versus les formes d’énergie plus propres et plus sécuritaires, comme la conservation et les énergies renouvelables.
Nous, soussignés, en appelons aux élus de l’Assemblée nationale qu’ils s’assurent de la tenue d’un débat public sur l’avenir de la centrale nucléaire de Gentilly-2 et du nucléaire au Québec.
L’approche du Québec en ce qui a trait aux déchets de combustible usé est incohérente. On tolère la production de déchets radioactifs, mais on ne prend aucune responsabilité pour la gestion à long terme de ceux-ci. On présume qu’ils seront enfouis dans une autre province.
En 1985, le gouvernement Bourassa a déclaré qu’il ne tolérerait pas qu’on enfouisse des déchets (hautement radioactifs) de combustible irradié sur le territoire du Québec ou près de ses frontières. Lors des audiences du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) en 2004, votre gouvernement a réitéré cette politique . Dans son rapport de 2005, le BAPE recommandait au gouvernement du Québec de clarifier sa position sur la gestion à long terme de ses déchets de combustible irradié .
La filière nucléaire génère des déchets radioactifs mortels de très longue durée. La production continue de ces déchets toxiques est une aberration dans une société qui s’est engagée dans la voie du développement durable et la protection de l’environnement. Nous partageons l’avis du BAPE : votre gouvernement doit clarifier sa position sur la gestion à long terme des déchets de combustible irradié avant toute décision touchant l’avenir de Gentilly-2.
La centrale de Gentilly-2 produit non seulement des déchets de combustion, mais aussi des déchets très variés dits « faiblement ou moyennement radioactifs », comme par exemple des vadrouilles contaminées ou des composantes de réacteur. Ces déchets demeurent toxiques pendant des centaines de milliers d’années. Au cours des audiences du BAPE en 2004, les groupes écologistes ont exposé le fait qu’Hydro-Québec n’avait aucun plan pour la gestion pour ce type de déchet .
Le BAPE a donc demandé à Hydro-Québec de proposer « une solution réaliste et acceptable socialement », ce qu’elle n’a pas fait. Le BAPE a aussi recommandé à votre gouvernement de prendre position sur le stockage à long terme des déchets radioactifs autres que le combustible irradié . Ni Hydro-Québec, ni votre gouvernement n’a répondu à ces recommandations.
Les Québécoises et Québécois devraient être mis au fait de toutes les conséquences de l’énergie nucléaire avant que votre décision ne soit prise sur le sort de Gentilly-2. Nous vous invitons à exiger d’Hydro-Québec qu’elle donne suite à la requête du BAPE et présente un plan « techniquement réalisable et socialement acceptable » pour ces déchets avant toute prise de décision sur le sort de Gentilly-2. De plus, le gouvernement du Québec devrait faire connaître sa position sur la gestion à long terme de ces déchets.
Hydro-Québec prétend que la reconstruction de Gentilly-2 est rentable malgré le fait que le coût estimé du projet soit passé de 845 millions $ en 2002 à 1,5 milliard $ aujourd’hui. Chez nos voisins de l’Ontario, les impressionnants dépassements de coûts des projets de réfection nucléaire démontrent bien que même l’estimation révisée d’Hydro-Québec est trop optimiste.
Tant le BAPE que le ministère des Ressources naturelles ont affirmé que les prévisions des coûts établis par Hydro-Québec devraient être scrutées et validées . En 1994, le BAPE recommandait que les études économiques et techniques portant sur la réfection de Gentilly-2 devaient être rendues publiques .
Nous sommes aussi de cet avis. Les estimations de coûts d’Hydro-Québec pour la réfection de Gentilly-2 devraient être soumises à un audit externe. Ni Hydro-Québec, ni votre gouvernement n’ont indiqué selon quelles modalités se ferait la validation financière du projet. Votre gouvernement devrait s’assurer que les estimations de coûts établies par Hydro-Québec pour la réfection de Gentilly-2 soient indépendamment et publiquement scrutées par un tiers parti, le Vérificateur général, par exemple.
Suite à l’accident de Tchernobyl et aux événements du 11 septembre 2001, on ne permettrait pas la construction d’un réacteur semblable à celui de Gentilly-2 à cause de ses défauts de conception et de sa vulnérabilité aux attaques terroristes. Nous sommes inquiets qu’Hydro-Québec et la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) limitent les améliorations à la sécurité afin de limiter les coûts de la réfection proposée.
Une part importante des coûts de reconstruction de Gentilly-2 est attribuable aux améliorations nécessaires pour rendre la centrale sécuritaire plus près des normes en vigueur. Hydro-Québec n’a toujours pas entamé l’Évaluation intégrée de la sûreté (EIS) exigée par la CCSN et nécessaire pour l’octroi du permis de réfection. Cette évaluation nécessite une comparaison de la centrale de Gentilly-2 aux centrales modernes et la détermination des mesures correctives à y apporter en prévision du prolongement éventuel de sa vie utile. La réalisation de ces améliorations peut augmenter de façon importante le coût de réfection d’une centrale.
Le fait qu’Hydro-Québec n’ait pas encore réalisé cette EIS soulève des doutes sur la précision des coûts avancés pour la réfection de Gentilly-2. Hydro-Québec a tout avantage, financièrement, à réduire le coût de reconstruction de Gentilly-2 en limitant l’ampleur des améliorations en matière de sécurité.
Dans une lettre adressée au Conseil d’administration d’Hydro-Québec en 2007, Greenpeace faisait état de ses préoccupations par rapport aux mises à jour en matière de sécurité; celles-ci pourraient être réduites au minimum par le promoteur afin de limiter les coûts. Greenpeace y demandait aussi qu’Hydro-Québec « précise quand et comment le public pourra examiner et commenter l’étendue et les conclusions de son évaluation de sécurité ainsi que les mesures proposées pour faire la mise à niveau des installations dans l’éventualité d’un prolongement de la vie utile de Gentilly-2 . Hydro-Québec n’a pas répondu directement à cette requête.
Nous sommes préoccupés par la politisation de la CCSN, suite au congédiement de sa présidente, Linda Keen, par le gouvernement fédéral. Celui-ci prétend que sa décision de la congédier était fondée sur sa gestion de la prétendue crise des isotopes médicaux. Nous sommes d’avis qu’elle a été congédiée plutôt à cause de l’insatisfaction de l’industrie nucléaire suite à l’application par Madame Keen des standards de sûreté internationaux aux centrales nucléaires canadiennes.
Dans un tel contexte, nous ne sommes pas confiants que la CCSN surveillera la reconstruction de Gentilly-2 de manière rigoureuse et indépendante, avec toute la rigueur nécessaire. Nous craignons que les préoccupations d’intérêt public, comme la sûreté, soient subordonnées aux intérêts financiers du promoteur.
Nous demandons donc au gouvernement de s’assurer qu’il y ait une évaluation publique indépendante des améliorations requises en matière de sûreté pour prolonger la vie utile de Gentilly-2.
Hydro-Québec doit décider plus tard cette année si elle a l’intention de procéder à la reconstruction de Gentilly-2 au coût de 1,5 milliard de $ ou à sa mise au rancart. C’est de facto une décision portant sur l’avenir nucléaire du Québec.
Une décision si importante ne devrait pas être laissée uniquement entre les mains du conseil d’administration d’Hydro-Québec. En fait, l’avenir du nucléaire au Québec est un choix de société qui doit nécessairement être l’objet d’une enquête publique et d’un débat en règle à l’Assemblée nationale.
Nous demandons que les préoccupations que nous avons soulevées dans cette lettre, soit la planification de la gestion des déchets nucléaires tant hautement que faiblement radioactifs, la nécessité d’une analyse indépendante du bien-fondé économique de la reconstruction de Gentilly-2, et l’assurance que le besoin de minimiser les coûts de reconstruction ne compromette pas la sûreté, soient toutes débattues publiquement à l’Assemblée nationale.
En effet, un véritable débat permettant de comparer les risques et les coûts de l’énergie nucléaire avec ceux des énergies douces établira, à notre avis, que la solution est claire : le Québec doit se retirer du nucléaire et fermer la centrale de Gentilly-2. Pour remplacer cette énergie, qui représente moins de 3% de notre bilan énergétique, le Québec pourrait accélérer son développent de l’énergie verte.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Premier ministre, nos salutations les meilleures.
William Amos
Conseiller juridique
Eco-Justice
André Belisle
Président
Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique
Nathalie Boudreault
Zéro nucléaire, comité de citoyens de Champlain
Brenda Brochu
President
Peace River Environnemental Society
Morag Carter
Directrice, Programme des changements climatiques
Fondation David Suzuki
Marilyn Crawford
Community Coalition Against Mining Uranium
David Coon
Directeur général
Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick
Kay Cumbow
Citizens for Alternatives to Chemical Contamination (Michigan)
Pierrette Doucet
Responsable
Coalition Citoyens de Mékinac
Thérèse Duval
Responsable
Les Jardins de la Cité
Dr. Michael Dworkind
Professionnels Santé Responsabilité Nucléaire
Gordon Edwards
Président
Regroupement pour la surveillance du nucléaire
Pierre Ferron
la Coalition pour le Québec des régions, section Mauricie
Michel Fugere
Mouvement Vert Mauricie
Normand Gagnon
Responsable
Association contre le Port Méthanier
Priscilla Gareau,
Directrice
Réseau québécois des groupes écologistes
Philippe Giroul
Responsable
Groupe d'Action pour Restauration du Lac St-Pierre
Daniel Green
Président
Société pour Vaincre la Pollution
Gaston Hogue
Porte parole
Coalition verte de Trois-Rivières
Jean Jasmin
Directeur général
Chute libre
Marcel Jette
Regroupement des travailleurs et travailleuses
Accidentes du nucléaire
François Lapierre
Porte parole
Association de Protection de l'Environnement
des Hautes-Laurentides
Estelle Lacoursière,
Présidente
Groupe d'éducation relative à l'environnement
Rick Lindgren
Acting Executive Director and Counsel
Association canadienne du droit de l'environnement
Céline Martin
Action Re-buts
Robert Litzler
Président
Association québécoise pour la promotion de l'Éducation relative à l'environnement
Erick Lafleur
AmiEs de la Terre de Québec
Jacques Levasseur
Président
Association Pour Protection Environnement Lévis
Claude Martel
Directeur
Sierra Club Québec
Sharon McGettigan
Athabasca Bioregional Society
Carmen Mélançon
Responsable
Ligue des citoyens du Secteur Beaurivage Shawinigan
Karel Ménard
Directeur général
Front Commun Québécois Gestion Écologique Déchets
Jérôme Normand
Directeur général
ENvironnement JEUnesse
Éric Notebaert
Professionnels Santé Survie Mondiale
Christian Simard
Directeur général
Nature Québec
Annie Roy
Directeur général
Action Terroriste Socialement Acceptable
Anne-Marie Saint-Cerny
Responsable
Fondation Rivières
Derek Stack
Directeur général
Union Saint-Laurent Grands Lacs
Shawn-Patrick Stensil
Responsable de la campagne énergie
Greenpeace
Stuart Trew
Organisateur régional (Ontario-Québec)
Le Conseil des Canadiens
Yves St-Laurent
Porte-parole
Collectif National Stop au Méthanier
Coalition Rabat-joie
Sidney Ribaux
Coordinateur générale
Équiterre
Norman Rubin
Director of Nuclear Research
Energy Probe
Jean-Guy Vaillancourt
Coordonnateur
Groupe de Recherche en Écologie Sociale
William Amos
Conseiller juridique
Eco-Justice
Morag Carter
Directrice, Programme des changements climatiques
Fondation David Suzuki
Michel Fugere
Mouvement Vert Mauricie
Philippe Giroul
Responsable
Groupe d'Action pour Restauration du Lac St-Pierre
Marcel Jette
Regroupement des travailleurs et travailleuses
Accidentes du nucléaire
Estelle Lacoursière,
Présidente
Groupe d'éducation relative à l'environnement
Robert Litzler
Président
Association québécoise pour la promotion de l'Éducation relative à l'environnement
Christian Simard
Directeur général
Nature Québec
Shawn-Patrick Stensil
Responsable de la campagne énergie
Greenpeace
Norman Rubin
Director of Nuclear Research
Energy Probe
André Belisle
Président
Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique
Gordon Edwards
Président
Regroupement pour la surveillance du nucléaire
Normand Gangon
Responsable
Association contre le Port Méthanier
Gaston Hogue
Porte parole
Coalition verte de Trois-Rivières
Jean Jasmin
Directeur general
Chute libre
Erick Lafleur
AmiEs de la Terre de Québec
Claude Martel
Directeur
Sierra Club Québec
Sidney Ribaux
Coordinateur générale
Équiterre
Yves St-Laurent
Porte-parole
Collectif National Stop au Méthanier
Coalition Rabat-joie
Nathalie Boudreault
Zéro nucléaire, comité de citoyens de Champlain
Pierre Ferron
la Coalition pour le Québec des régions, section Mauricie
Priscilla Gareau,
Directrice
Réseau québécois des groupes écologistes
Jean Jasmin
Directeur général
Chute libre
François Lapierre
Porte parole
Association de Protection de l'Environnement
des Hautes-Laurentides
Rick Lindgren
Acting Executive Director and Counsel
Association canadienne du droit de l'environnement
Céline Martin
Action Re-buts
Derek Stack
Directeur général
Union Saint-Laurent Grands Lacs
Stuart Trew
Organisateur régional (Ontario-Québec)
Le Conseil des Canadiens
D’autre adhésions :
Brenda Brochu
President
Peace River Environnemental Society
David Coon
Directeur général
Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick
Thérèse Duval
Responsable
Les Jardins de la Cité
Jacques Levasseur
Président
Association Pour Protection Environnement Lévis
Karel Ménard
Directeur général
Front Commun Québécois Gestion Écologique Déchets
Annie Roy
Directeur général
Action Terroriste Socialement Acceptable
Marilyn Crawford
Community Coalition Against Mining Uranium
Pierrette Doucet
Responsable
Coalition Citoyens de Mékinac
Dr. Michael Dworkind
Professionnels Santé Responsabilité Nucléaire
Sharon McGettigan
Athabasca Bioregional Society
Jérôme Normand
Directeur général
ENvironnement JEUnesse
Anne-Marie Saint-Cerny
Responsable
Fondation Rivières
Kay Cumbow
Citizens for Alternatives to Chemical Contamination (Michigan)
Thérèse Duval
Responsable
Les Jardins de la Cité
Daniel Green
Président
Société pour Vaincre la Pollution
Carmen Mélançon
Responsable
Ligue des citoyens du Secteur Beaurivage Shawinigan
Éric Notebaert
Professionnels Santé Survie Mondiale
Jean-Guy Vaillancourt
Coordonnateur
Groupe de Recherche en Écologie Sociale
CC : M. Mario Dumont , Action Démocratique Québec
Mme Pauline Marois , Parti Québécois
Mme Françoise David et M. Amir Khadir, Québec Solidaire
M. Guy Drainville, Parti Vert du Québec
Conseil d’admistration d’Hydro-Quebec
Greenpeace
454, ave. Laurier Est, 3e étage
Montréal, Québec H2J 1E7 (Canada)